Retour à Winnipeg, point neutre à Québec

La population de Winnipeg a célébré en grand le retour officiel de ses Jets le 31 mai dernier. (CBC.ca)
On profite de cette journée un peu plus tranquille pour revenir, aujourd’hui, sur les dossiers relatifs au retour de la Ligue nationale de hockey dans deux villes canadiennes, soit Winnipeg et Québec. Alors que la capitale manitobaine réintégrera le circuit Bettman dès la prochaine saison, la Vieille Capitale francophone piétine dans ses démarches et on peut même se demander si elle ne recule pas malgré elle.
Le retour des Jets
C’est en grande pompe, mais avec des réactions partagées, que la LNH annonçait, le 31 mai dernier, la vente des Thrashers d’Atlanta au groupe True North Sports & Entertainment, déjà propriétaire du MTS Centre et du Moose du Manitoba de la Ligue américaine, et du transfert de cette concession à Winnipeg. Si du côté canadien, on se réjouissait de cette annonce officielle, du côté sud, on maugréait un peu plus. Le commissaire Gary Bettman, malgré ses belles paroles, ne semblait pas du tout heureux de la tournure des événements après plusieurs semaines de pourparlers entre les deux groupes d’investisseurs, celui d’Atlanta et celui de Winnipeg. C’est quand même une belle démonstration que son plan “Sud” ne fonctionne pas.
Depuis longtemps pourtant, les Thrashers perdaient des montagnes d’argent à Atlanta, un marché peu propice au hockey qui avait déjà perdu une concession de la LNH en 1980, un club qui avait conservé le nom de “Flames” et qui avait trouvé refuge à Calgary. Encore une fois, la métropole de la Georgie perd son équipe de hockey, faute d’appui populaire et financier, au profit d’une ville canadienne. Au cours des semaines qui ont précédé la fin des Thrashers, plusieurs rumeurs laissaient croire que des investisseurs locaux se manifesteraient, mais rien ne s’est concrétisé, probablement en raison des déficits anticipés pour cette équipe. Finalement, le groupe de Mark Chipman a mené ses négociations jusqu’au bout et a acquis la concession moribonde pour la déménager au Manitoba.
De 1972 à 1996, les Jets ont fait vibrer Winnipeg dans l’AMH et la LNH, et ce, malgré les difficultés que représente ce marché et l’énorme disparité qui existait entre les devises monétaires canadiennes et américaines. Au terme de la saison 1995-1996, l’équipe manitobaine avait été transférée à Glendale, en Arizona, pour devenir les Coyotes de Phoenix. Pourtant, l’appui de la population de Winnipeg était immense et plusieurs milliers de personnes avaient manifesté afin de conserver leur équipe, sans succès. Ces mêmes personnes ont pu célébrer, le 31 mai, le retour de leur formation qui, on l’a appris le 24 juin, retrouvera le nom de “Jets”. Une décision empreinte de logique si vous voulez mon avis puisqu’une grande majorité d’amateurs s’identifiaient à ce nom et souhaitaient le retour de celui-ci.
Les Jets seront dirigés par le directeur général Kevin Cheveldayoff et l’entraîneur-chef Claude Noel en 2011-2012 alors qu’ils évolueront, pour cette saison seulement, dans la division Sud-Est de l’Association de l’Est. Dès 2012-2013, la LNH reverra son système de division et enverra Winnipeg dans l’Ouest. Les Winnipégois n’auront pas une équipe dégarnie à se mettre sous la dent l’an prochain, au contraire! Le capitaine Andrew Ladd vient se signer une entente de cinq ans avec les Jets et il retrouvera, au MTS Centre, ses coéquipiers Nik Antropov, Zach Bogosian, Dustin Byfuglien, Tobias Enstrom, Evander Kane, Bryan Little et Chris Mason, pour ne nommer que ceux-là. Gageons que ces messieurs apprécieront l’appui des partisans du Manitoba qui sera énorme en comparaison avec celui qu’ils ont reçu à Atlanta. Première preuve de l’engouement à Winnipeg: 13 000 abonnements de saison ont trouvé preneur quelques heures seulement après l’ouverture de la billetterie! Il faut aussi dire que Winnipeg est, aujourd’hui, l’une des villes canadiennes qui prend le plus rapidement de l’expansion avec… Québec.
La campagne 2011-2012 des Jets débutera au MTS Centre de Winnipeg le dimanche 9 octobre prochain à 17h00 avec la visite des Canadiens de Montréal. La première visite de la septième équipe canadienne au Centre Bell aura lieu le mercredi 4 janvier à 19h30 et ce sera le premier match de la nouvelle année pour le Tricolore. Quant aux couleurs de la formation manitobaine, elles seront dévoilées d’ici quelques semaines, mais on peut déjà supposer qu’elles ressembleront aux anciennes, soit le bleu, le rouge et le blanc. Plusieurs suggestions de logo circulent présentement et nous vous invitons à choisir votre favori dans le sondage à la fin de cet article.
Québec au neutre
Pendant ce temps, plus près de nous, rien ne va plus à Québec dans le dossier du nouvel amphithéâtre, et donc, dans le dossier du retour éventuel des Nordiques. L’entente conclue entre la ville, représentée par le maire Régis Labeaume, et la compagnie Quebecor, représentée par Pierre-Karl Péladeau, est contestée devant les tribunaux par des opposants qui, à défaut d’être nombreux, ont d’excellentes connaissances des aspects légaux de la chose.
Au cours des derniers mois et des dernières semaines, on aura tout entendu à propos de cette entente, que ce soit favorablement ou non. Il va sans dire que les belligérants en présence se canardent sur la place publique, au grand déplaisir des partisans d’un retour des Nordiques. Actuellement, personne ne gagne rien dans cette chicane, sinon de la visibilité dans les médias. La LNH, elle, regarde probablement la scène en se disant qu’elle n’a rien à aller faire dans ce guêpier où on ne s’entend même pas entre concitoyens. Pourtant, près de 50 000 personnes avaient participé à la Marche bleue, une manifestation en faveur du retour du Fleurdelysée, et plusieurs milliers d’autres ont assisté à des rencontres de la LNH en compagnie de la “Nordiques Nation”. Sans compter que Régis Labeaume a été réélu maire de la Vieille Capitale avec une large majorité et que sa campagne s’appuyait largement sur la construction d’un nouveau Colisée, le retour des Nordiques et une candidature québécoise pour la présentation des Jeux olympiques hivernaux de 2022.
Le débat sera d’actualité pendant encore plusieurs mois alors que le gouvernement québécois présentera, vraisemblablement en septembre, un nouveau projet de loi visant à protéger l’entente Québec/Quebecor de toute contestation judiciaire. Pendant ce temps, un groupe conteste justement cette entente. L’interrogation qui en découle est la suivante: est-ce que la municipalité n’aurait pas dû prendre son temps et établir un accord béton avec Quebecor afin d’empêcher cette levée de boucliers? Est-ce que les deux partenaires ont coupé les coins ronds afin d’en venir à une entente rapide? Mais, avant tout, est-ce que Québec perdrait réellement de l’argent dans toute cette histoire?
C’est dommage à dire, mais la situation actuelle nuit énormément au retour éventuel des Nordiques, une renaissance qui aurait été profitable à toute la population québécoise. Personne ne me fera croire que Winnipeg à la capacité d’accueillir un club de la LNH alors que Québec ne le peut pas, même à proximité des riches Canadiens de Montréal.









